Perpetuum mobile

Je ne sais plus bien qui je suis, ni où je vais… J’erre de train en train, de gare en gare, à la recherche d’un bonheur perdu. Voyages immobiles dans le Nord de la France. Je regarde par la fenêtre les paysages filer et les saisons défiler à folle allure. Des morceaux de vie comme des images échouées le long des rails. Le train me berce. Le son des rails m’invite à la méditation. Je vois hier et demain… Ici et maintenant… instants indécisifs… Perpetuum mobile.

La pesanteur et la Grâce

La lune, un citronnier, la mer, un cyprès, un chien, une étoile, un cheval, un promeneur, une robe, un puzzle… Benjamin Teissèdre prélève des éléments du réel. Mais celui-ci n’est pas son propos, il en fait le support de sa vision.
Loin du catalogage, ses images cueillent les « irrégularités de la vie quotidienne et les résonances que leur perception suscite en nous ». Rêveur utopiste, il la parcourt, son âme en bandoulière, dans un va-et-vient perpétuel entre la délicatesse des choses et la noirceur d’un chaos élémentaire.
Benjamin Teissèdre habite le monde comme il habite la photographie, ou plutôt comme il est habité par elle ; sans concession, dans une relation portée par « la beauté et l’amour, ces deux raisons de vivre ». Il avance tel un funambule idéaliste cherchant son chemin dans l’ambivalence du réel. Dans un désir peut-être illusoire de réenchanter le monde, d’espérer que la réalité naisse du possible, émerge de la croyance, il nous propose une photographie où la clarté ténue de la lumière ferraille avec les ténèbres de l’imaginaire. L’instantané se donne le droit du flou, la réalité celle de l’illusion. Affectionnant le jour bleu du matin ou l’interstice du soir, entre chien et loup, il travaille l’obscurité comme s’il savait que le premier, ou le dernier éclair de la grâce n’est visible qu’à cet instant, celui de tous les possibles, celui où le tumulte du jour n’est pas encore né, ou bien s’efface, celui où le temps se dilate et se contracte comme un cœur ouvert à toutes les émotions.
Les images de Benjamin Teissèdre ont la force de contenir dans une « même enveloppe l’objet et le spectateur, et de donner l’illusion d’une perception partagée ».
Il nous offre un monde sensible, onirique, qui s’irradie d’un pays de merveilles à jamais disparu. Un monde qui vibre en nous.

Claude Belime, Directeur du Centre d’Art et de Photographie de Céret 

Ce qui reste

Il y a celles qui passent, et il y a ceux qui restent… et puis il y a Ce qui reste de notre passage : une hirondelle, un petit nuage blanc dans un ciel de bleu, un sourire trisse. Il y a cette joie pure du paysage-passage…

« Je n’ai pas pris de notes mais je me souviens très bien de ce que disaient les oiseaux : écrire n’est pas penser. Vivre n’est pas vouloir. Aimer n’est pas savoir. Mourir n’est pas perdre. »

Christian Bobin

Une Saison en Santerre

Résidence d’Artiste du PETR Cœur des Hauts-de-France avec Sébastien Kwiek, auteur.
Dans le cadre du projet « Panorama », notre binôme artistique a été invité à envisager un travail de création artistique poésie/photographie sur le territoire du PETR « Cœur des Hauts-de-France ». Notre intérêt s’est rapidement porté sur le secteur du Santerre, et plus particulièrement sur la Communauté de Communes « Terre de Picardie ».
Notre intention première vise à écrire et photographier le déclin des jours de la saison d’automne. Partir du banal, de l’apparente insignifiance du territoire, avec le souhait de permettre aux habitants d’aller au-delà du quotidien, de dépasser l’impression de déjà-vu. Pour cela, nous avons opté pour une exploration en cherchant des espaces et lieux ne présentant a priori aucun caractère esthétique : espaces dédiés à la monoculture, constructions agricoles ou industrielles imposantes, machines délaissées, entassements d’outils, endroits délaissés ou abandonnés… L’objectif est d’y chercher la lumière, d’en réfléchir l’obscurité ; procédé épiphanique par lequel nous espérons révéler, illuminer, ouvrir à une signification autre.

Au fil des rencontres, une autre réalité s’est rapidement imposée à nous : les acteurs culturels locaux rencontrés et les quelques habitants croisés au hasard de nos déambulations nous ont évoqué le Santerre comme un territoire « fermé », avec des habitants « froids », « méfiants », parfois rudes dans leurs réactions à tout ce qui est étranger ou extérieur. Ces propos collectés, associés à ceux d’événements historiques destructeurs (Grande Guerre) ou inquiétants (Bande des chauffeurs du Santerre), nous ont progressivement permis d’ouvrir d’autres perspectives de réflexion.
Dès lors, il nous a semblé pertinent d’associer une nouvelle intention : celle de l’empreinte traumatique et invisible des dévastations qui ont frappé le Santerre à travers les guerres subies, et plus particulièrement celle de 1914-1918. En juxtaposition de l’environnement visible, il nous apparaît important de travailler sur cette face immergée, avec l’hypothèse que les résidus de cette douleur sourde gisent à la fois sous terre et dans l’inconscient collectif.
Ce décalage entre réalité visible négligée et cicatrices invisibles persistantes constituera l’ossature centrale de notre projet de création.

Le huitième jour

Lorsque j’étais enfant, je voulais être peintre… depuis 30 ans que je suis photographe, je cherche une autre façon de peindre… ici les façades de magasins abandonnés ou en travaux dont la vitrine est passée au blanc d’Espagne. Comme un tableau abstrait. Et puis les histoires que je me raconte. Celle d’un Dieu qui, au huitième jour de la création, verrait ses erreurs et déciderait de tout effacer. Et la réalité de notre monde capitaliste, la fermeture quotidienne des petits commerces de proximité.

Venise

Un voyage, quelques jours pour nous retrouver… Elle court du matin au soir et moi je veux être lent dans cette ville surannée. Je veux être la lenteur même. Je devrais être avec elle et je suis dans la photographie encore et toujours, à côté de la vie. La photographie est une maladie. Ne jamais s’arrêter de voir, comme un alcoolique ne peut s’arrêter de boire… Je suis un photolique ! Nous nous séparons à la fin de ce voyage.

Leçons de ténèbres

Au tout début, il y a une image-imaginaire de Minor White qui m’interpelle et me touche. Je pense savoir comment elle est faite. Je trouve des lieux similaires… une continuité photographique… travail de la série.
Quelque temps après, je tombe en émoi devant « les pierres de rêves » ou « pierres-paysages ». Ce sont de fines coupes de marbres veinés qui se présentent comme des tableaux, le plus souvent de forme ronde. Car ces marbres ont des veines au rendu de paysages à la fois sauvages et poétiques, suggérés le plus souvent par les termes « montagne et eau », « nuage et eau »… Elles forment un des traits d’union entre notre univers et l’univers tellurique.

Entendez-vous dans nos campagnes

« Les 3 D », me dit un ami : Dépôt de bilan, Dépression, Divorce.
Automne-Hiver. Une région moche, il n’y a rien à voir ! Pas la joie.
— « Eh bien, si c’est comme ça, prends ton appareil et va montrer que c’est moche ! » Au moins voir te guérira.
Amiens-Arras aller-retour. 100 kilomètres… je photographie les villages déserts, des luminaires de Noël, des hangars rouillés, des christs agonisants sur le bord des routes, des poteaux électriques, des grandes rues, des petites rues, des rues de l’église, des salles des fêtes, des monuments aux morts. Des morceaux de paysages comme des miroirs cassés.
Devant ces villages laissés pour compte par les pouvoirs politiques, l’on comprend l’hymne national : « rugir nos féroces soldaaaats ». On comprend la montée des extrêmes. Paris nous imposant ses règles, le trésor public qui n’en a que le nom, la télé-paillette, les experts de tous poils nous culpabilisant de la dette, du changement climatique.
De retour à la maison, je fais des petits tirages. Posés sur la table, je trie, j’assemble, je regroupe, je jette.
Est-ce le cadrage, la lumière, les effets, le regard porté sur les choses qui transforme ? Faire du beau avec du moche. Quelle étrange sensation…


« Le paysage en soi n’est rien, il n’existe que par ce que l’on veut bien y mettre ; C’est la manière dont on l’appréhende, l’émotion dont on le charge, qui font surgir des résonances fortuites, des échos secrets. »

Alfred Manessier
Impressions de voyage, Carnets

La ville était lumière

Un week-end avec un ami poète en Belgique, à Charleroi, pour le plaisir de créer et de partager. Il y a partout à voir lorsqu’on cherche la beauté. Il y a partout à voir lorsque l’on se met en état de réception du monde, des autres et de la lumière.
Et si l’essentiel n’était pas juste là : passer, effleurer… être de la matière sensible, impressionnable, photosensible.

Églises

J’aime les lieux clos lorsqu’il y a peu de lumière, j’aime le son de l’appareil au ½ seconde à main levée. J’aime les odeurs un peu rances et humides des églises, la température fraîche en été. J’aime les symboles, les reliques, les statues, les couleurs, les sols, les objets des églises.
Les églises sont fermées aujourd’hui. Il n’y a plus assez de prêtres ou plus assez de croyants. Il n’y a plus de foi en l’invisible, plus d’espoirs et plus de craintes ; alors on documente le monde en train de s’écrouler, on fait des constats amiables avec soi-même.
Nous avons foi dans le progrès, dans la science, dans l’objectivité, la raison a pris le dessus et bientôt l’intelligence artificielle sera notre nouveau Dieu et prendra notre dernier souffle.

La vie de château
 
Que faisais-tu là
Belle Paule
si loin de la Garonne
Ce n’était qu’une image de toi
sur un mur de pierre
une image du temps
où tu étais l’émerveilleuse
Que faisais-tu là
dans ce pays de briques rouges
avec ses moulins accroupis
à l’arrière des étangs
Avec le vent de mer
qui le soir fait trembler
les feuilles des peupliers
dans le battement des siècles
 
Dans cette chambre
aux murs tapissés de sable fin
s’éteignent les fleurs de lys
On dirait des méduses
échouées sur une plage
Le temps a fané les ors
érodé les contours et les pointes
ne reste plus qu’un liseré de turquoise
une frange luminescente
que les grandes marées d’équinoxe
délaveront infiniment jusqu’à la cendre
 
 
C’est une ville de cheminées
de tourelles et de toits pointus
Y logent les blondes tourterelles
et les tribus des choucas
Dans le ciel haut comme une falaise
on entend parfois gueuler
et l’on voit parfois passer
les oies et les bernaches
elles traînent derrière elles
l’hiver et ses jours de longue nuit
 
Dans les tentures
qui bordent ta couche
se cachent les oiseaux
et leurs ailes de lumière
Les entends-tu dans cette nuit
les oiseaux du lointain
leurs voix ensoleillées
leurs chants de canne à sucre
et de fruits trop mûrs
Au ciel de ton lit
quand vient le dernier jour
ils sont là à pleurer
leur île naufragée
 
Par la porte dérobée
se glissaient les amants
les amours les fidèles
et les autres qui sont comme
des roseaux que le vent agite
Ceux d’
une nuit aveugle
ou ceux de toute la vie
Par la porte dérobée
ils rejoignaient les bois
et le peuple des sangliers
Au creux de leur poing
encore un peu de la brume
de ces yeux châtains
C’est une porte refermée maintenant
sur celle qui toujours attend
 
et l’on murmure ici
à ceux qui sont partis
les yeux grands ouverts
les mains glacées
les lèvres rongées déjà
et les chairs blessées
Les os fatigués
et leurs rêves troués
ni les étreintes dernières
ni baisers ni prières
rien ne sut les retenir
Les cœurs ne battent plus
dans les lits de craie
 

Antoine Maine

 
Projet avec un ami écrivain. Un autre lieu clos, des détails qui font signe, des objets d’un autre temps.
Des objets communs à tous les châteaux : le portrait des patriarches, des têtes de sanglier, des peintures de chasse, des vases de Chine, des lustres en cristal de Bohême, des salons où les femmes sont là pour l’apparat, des portes dérobées.
Je pense à Flaubert, Maupassant, Balzac, Stendhal… et j’entends au loin une valse de Chopin

La côte sauvage

Je ne sais pas parler de mon travail, de mon « dur plaisir ». Je me souviens avoir passé une semaine, seul, en hiver, sur la côte sauvage en Loire-Atlantique.
Trop froid pour sortir, je reste près de la cheminée à lire le journal de Jean-René Huguenin. Lui aussi, seul, sur la côte sauvage, le même jour, d’une autre année, décrit les mêmes sensations : la rage de vivre, de créer, de se défendre contre la sécheresse d’une époque désespérément vide.


Dans son journal, il écrit : « Il nous arrive ce que nous aimons, pitié pour ceux qui n’aiment rien. »

Maroc

Tanger, Rabat, Meknès, Fès, Oujda, Nador, Tétouan, et toutes les petites routes adjacentes, tous les chemins perpendiculaires, nous suivons la lumière et ses déclinaisons, un été en pente douce… Hôtels pourris, punaises de lit, repas à l’arrache, des hommes qui marchent en djellabas, des ânes, des Mercedes… putain c’est beau la vie comme ça ! Pas d’adresse, pas de courriers, pas de mails, pas de téléphone… Rouler. Voir. Aimer. Penser. Rêver.

Là, loin …

Projet de livre avec un ami poète, il me prête sa maison de famille à Gruissan, là où a été tourné « 37°2 le matin ».
Retour à la liberté, au voyage… j’aime la France, sa culture, ses paysages.

Islande

Pourquoi vouloir partir ?  peut-être pour se nettoyer l’œil au papier de verre.
Sûrement le plus beau voyage. Paysages à couper le souffle à chaque tournant de route, trop beau peut-être.

 

La neige à ma fenêtre
La nuit blanche tombe en flocons
J’en perds la raison

Un soleil d’enfant
Ses rayons éblouissent
Ma carcasse gelée

Mes pas dans la neige
Ceux de la biche à côté
Humaine vanité

Avec de la neige
Écrire sur la neige et moi
Carnet blanc et noir

Pinces à linge
Hirondelles sans ailes
Ma vie sur un fil

La mouette d’hiver
Noire comme la neige
Des volcans éteints

Mon cœur dans la neige
Friandise pour les vers
Confetti d’hiver

L’oiseau bungalow
Drape ses derniers rêves
Au creux des plis, nuit

Illuminations
A vous seules vous formez
Mon premier verset

Chemise de nuit
Toi qui connais bien les draps
Réchauffe-les pour moi

J’ai passé deux pages
Neige dans ma carnet muet
S’il pouvait parler

Je n’ai pas pris l’eau
Mais mes os sont tout rouillés
Mieux vaut des arêtes

L’arbre au-dessus du toit
Sur la pointe des pieds
Épie mes pensées

Jardin sous la neige
Tous les rires de l’enfance
Se cachent sous ta cape

Eau de lurex
Parure de guerre lasse
Sourire éphémère

Mon père est parti
Au cœur de l’hiver glacial
Clopin clopant cheval

Le chat en peluche
Sur le rebord de la fenêtre
Lui est éternel

En toute saison
Seule elle promène son chien
Ou bien est-ce l’inverse ?

Souvenirs d’enfance
Plus vivants que les vivants
Que vos voix soient mienne

Aurélie Teissèdre

 

Espagne

La route encore, ici ou là… je ne cherche pas à montrer les spécificités d’un pays mais à poser un regard flottant. « Ce n’est pas moi qui prends la photo, c’est la photo qui me prend », disait un photographe.
Souvent la route m’amène à un endroit et me met en face d’un motif comme pour me dire quelque chose. Je dis merci. À qui ? À quoi ?

Un Roi sans divertissement

Avec notre collectif « La Fenêtre », nous appelons la directrice du centre Jean Giono à Manosque. Nous avons l’idée de réaliser un travail photo en collectif autour de Jean Giono. Nous ne savons pas quoi. L’accueil est bon. Chacun réfléchit donc à ce sur quoi il aimerait travailler… J’ai lu presque tout Giono et j’ai une petite faiblesse pour « Que ma joie demeure ». Je décide de prendre « Un roi sans divertissement ». Le seul livre que je ne comprends pas de Giono. Beaucoup de lectures théoriques de l’œuvre. Rendu de notre dossier et accord de la directrice… 5 photographes ! Beau budget ! Parfois on tombe au bon endroit, au bon moment !
Me voilà parti, l’hiver dans le Trièves, sous la neige, avec l’ambiance du livre.

Un meurtre, un village, la nuit, un inspecteur, du sang sur la neige … 

La Main des Saisons

Rencontre avec le pianiste Jean-Marie Machado, qui me fait part de son projet de création d’un oratorio profane en hommage à Fernando Pessoa et de son souhait de voir projeter en fond de scène des images de Lisbonne, ville du poète.
Carte blanche : 1 mois de déambulations dans la ville blanche avec pour guide Le Livre de l’intranquillité, pour rêver, sentir, voir, chercher… 1 semaine de création en Ariège pour créer le diaporama qui sera en fond de scène pour la tournée européenne.
 
« Si après ma mort, vous voulez écrire ma biographie, rien de plus simple. Elle n’a que deux dates – celle de ma venue au monde et celle de ma mort. Entre une chose et l’autre tous les jours sont à moi. Je suis facile à définir. J’ai vu comme un damné. J’ai aimé les choses sans la moindre sentimentalité. Je n’ai jamais eu de désir que je ne puisse réaliser, parce que je n’ai jamais perdu la vue. Même entendre n’a jamais été pour moi qu’un accompagnement de voir. J’ai compris que les choses sont réelles et toutes différents les unes avec les autres ; J’ai compris ça avec les yeux, jamais avec la pensée. Comprendre ça avec la pensée serait les trouver toutes semblables. Un jour le sommeil m’a pris comme n’importe quel enfant. J’ai fermé les yeux et me suis endormi. A part ça, j’ai été l’unique poète de la nature »
 
Fernando Pessoa

Au bout du monde

Voyage de 15 jours avec un ami en Corse et mon camion jaune. Octobre. Tout est fermé. Des attentats tous les jours… Nous ne passons pas inaperçus. De la mer à la montagne et de la montagne à la mer. Des journées complètes à faire de la photo de 6 h 00 du mat à minuit, non-stop. Un morceau de fromage, un verre d’eau, un appareil photo, un 50 mm… la belle vie.

Sainte-Victoire

Marches solitaires sur la montagne magique, recherche intérieure, mettre mes pas dans les pas de Cézanne. Ne pas s’encombrer d’un matériel trop lourd. Photo povera. Instamatic. Nuages-Soleil.

Prague

Nous venons de nous rencontrer, voyage… nous sortons peu… prenons des trams au hasard.

– « Éteins pour voir », dit-elle.

Le Paradis sur Terre

Tunisie, avec en poche un petit appareil jouet en plastique acheté dans une station-service. Comme un enfant, je déclenche au petit bonheur, pas de viseur, juste pour le plaisir du bruit qu’il fait… bzzz… Décalage d’une fraction de seconde au sein de la même image. Un petit cinéma.
 

Vivre

Plus la force de poser les couleurs… reste alors ce léger tremblement…
Cette série qui n’en est pas véritablement une, c’est mon rêve mis à nu, c’est le sens de ma vie, la poésie. Photographe engagé. Engagé dans la beauté des choses, voir ce que je crois, voir les choses cachées derrière les choses. Ne voir qu’une seule chose à la fois, dans l’ordinaire des jours, sur le fil blanc gris nuit. Souvent entre chien et loup, en passant, à côté de chez moi. Pas de titres, de dates, de lieux. L’essence au cœur de toute humanité. L’Amour ou son manque, la Nature, l’illumination terrible.
Je n’ai jamais photographié que pour dire je t’aime, à Elle, l’inespérée.

Entre-deux

Invitation de Fred Boucher pour un échange photographique entre la Picardie et l’East Sussex, deux expositions. L’une à Brighton et l’autre à Beauvais. Je pars avec l’idée d’un vis-à-vis entre la baie de Somme et la baie du Sussex… arrivé sur place, la baie anglaise est minuscule !
Mauvaise préparation… je décide de faire ce que j’aime… rouler… me laisser prendre par la photographie… et très vite les images s’imposent sans avoir à forcer… un 6×7 pour les paysages et un panoramique Xpan pour les photos de routes.

Hors-Saison

De retour à la maison, j’aime réaliser des séries plus « objectives ». Observant mon paysage proche. Ici, la baie de Somme lorsque les touristes sont partis. Des maisons vides, des plages désertes balayées par les vents, des bancs de sable, des cabines échouées, des digues défoncées, des vents à vous rendre fou, des ciels bas et lourds pesant comme un couvercle.

Le silence des jours ordinaires

Voyage d’hiver de 15 jours en Ariège ; solitude des êtres, être attentif, ne pas toucher au visage des choses… nous roulons beaucoup entre chien et loup. Beauté des paysages. Voir caché derrière. Voir plus loin que soi. Crépuscule. Mon ombre aux poteaux de couleurs…

Ton Style

Des silhouettes de femmes de dos, tremblées, évanescentes. Hiver, lumières artificielles de la ville quand la nuit rend aux corps sa part d’ombre.

Paris

Après des journées d’apprentissage de la chambre photographique en studio à l’école des Gobelins… La libération… la rue, les gens, les librairies, les bibliothèques et les cinémas, les expos, les musées…
PARIS… un petit 24×36. La sensibilité faisant place à la technique.

Je découvre:

Walker Evans, Robert Frank et Bernard Plossu.
Rimbaud, Baudelaire, Pessoa, Cioran et Christian Bobin.
Cézanne, Van Gogh, Chagall, Modigliani et Pierre Bonnard.
Renoir, Capra, Cassavetes, Satyajit Ray et Jim Jarmusch.
Joni Mitchell, Miles Davis, Górecki, Chet Baker et Tom Waits.